L’homme qui a tué Google Search : les e-mails secrets qui révèlent la fin d’un âge d’or

L'homme qui a tué Google Search les e-mails secrets qui révèlent la fin d'un âge d'or

Pendant des décennies, Google a été le phare du savoir universel, un outil presque magique capable de répondre à n’importe quelle question en une fraction de seconde. Mais aujourd’hui, le constat est amer pour des millions d’utilisateurs et de professionnels du Web : la recherche Google se dégrade. Entre les publicités omniprésentes, les contenus générés par IA sans valeur et les résultats de moins en moins pertinents, une question brûle toutes les lèvres : que s’est-il passé ?

La réponse ne se trouve pas dans une erreur technique ou une incapacité algorithmique, mais dans une série de décisions humaines, documentées par des e-mails internes révélés lors du procès antitrust du ministère de la Justice américain (DOJ). C’est l’histoire d’une prise de pouvoir interne, d’un basculement de la culture de l’ingénierie vers celle de la croissance à tout prix, et de l’homme qui a présidé à cette transformation : Prabhakar Raghavan.


En résumé : Les points clés de l’enquête

  • Le basculement de 2019 : Un “Code Yellow” (alerte maximale) a été déclenché non pas pour un problème technique, mais parce que la croissance des revenus publicitaires stagnait.
  • Ben Gomes vs Prabhakar Raghavan : Le conflit entre le gardien historique de la qualité de la recherche (Gomes) et le responsable de la croissance (Raghavan) a marqué la fin de la priorité donnée à l’utilisateur.
  • L’économie de la pourriture (Rot Economy) : Google a délibérément “hacké” l’engagement en rendant les publicités indiscernables des résultats organiques pour gonfler ses chiffres.
  • L’héritage de Yahoo : Raghavan, avant de diriger Google Search, a supervisé le déclin de Yahoo Search. Sa méthode privilégie le rendement financier sur l’innovation produit.
  • Conséquence SEO : La dégradation de la recherche force les responsables SEO à revenir aux fondamentaux du EEAT pour survivre dans un écosystème où Google ne protège plus la qualité par défaut.

Le “Code Yellow” de 2019 : Quand l’argent a pris le pas sur la recherche

Tout commence le 5 février 2019. À cette époque, Ben Gomes, un ingénieur présent depuis les débuts de Google et véritable “star” de la recherche, dirige le département Search. Mais il fait face à une pression inédite de la part de l’équipe publicitaire, menée par Jerry Dischler et Prabhakar Raghavan.

Le département Ads déclare un “Code Yellow”. Dans le jargon de Google, cela signifie que toutes les ressources disponibles doivent être mobilisées pour résoudre une crise majeure. La crise en question ? La croissance des requêtes était en deçà des prévisions de revenus. Ce n’était pas un problème pour l’utilisateur, mais un problème pour les actionnaires.

Le chantage à la croissance

Les e-mails révèlent que l’équipe publicitaire demandait à l’équipe Search d’augmenter artificiellement le nombre de requêtes. Ben Gomes s’y est opposé avec véhémence. Il expliquait qu’il était “facile d’augmenter les requêtes à court terme par des méthodes négatives pour l’utilisateur”, comme désactiver la correction orthographique ou manipuler les classements pour forcer l’utilisateur à cliquer davantage. Gomes a qualifié ces pratiques de “hacking d’engagement”.

Malheureusement pour le Web mondial, la vision de Gomes a perdu. En 2020, il a été écarté au profit de Raghavan, marquant le début d’une ère où la monétisation est devenue le seul véritable algorithme de Google.


Prabhakar Raghavan : L’architecte du déclin ?

Pour comprendre pourquoi les responsables SEO devraient s’inquiéter de la direction actuelle de Google, il faut regarder le CV de l’homme aux commandes. Avant d’être le patron de la recherche chez Google, Prabhakar Raghavan occupait le même poste chez Yahoo entre 2005 et 2012.

C’est sous sa direction que Yahoo a perdu sa pertinence face à Google, finissant par abandonner sa propre technologie de recherche pour licencier celle de Bing. Raghavan est souvent décrit comme un “consultant en gestion portant un costume d’ingénieur”. Son obsession pour les métriques de croissance et les revenus à court terme semble avoir été importée directement chez Google, avec les mêmes résultats dévastateurs pour la qualité du produit.

L’influence McKinsey

Il n’est pas anodin de noter que le PDG de Google, Sundar Pichai, est un ancien de McKinsey, un cabinet de conseil réputé pour son approche froide et mathématique de la rentabilité, souvent au détriment de la valeur à long terme. Cette alliance entre Pichai et Raghavan a créé une structure où la “Rot Economy” (l’économie de la pourriture) peut prospérer : on dégrade légèrement le produit chaque année pour extraire un peu plus de profit, jusqu’à ce que l’utilisateur n’ait plus d’autre choix que d’accepter une expérience médiocre.


Mon anecdote personnelle : Le jour où j’ai vu l’algorithme “mentir”

En tant que consultant, j’ai vécu ce basculement de l’intérieur. Je me souviens d’un projet pour un site d’information médicale en 2019. Nous avions tout misé sur l’expertise, avec des articles revus par des médecins, respectant scrupuleusement les critères YMYL (Your Money or Your Life).

Lors de la mise à jour de mars 2019 (juste après le fameux “Code Yellow”), nous avons vu des sites de “fermes de contenus” sans aucune expertise médicale nous passer devant sur des requêtes critiques. Pourquoi ? Parce que Google avait commencé à privilégier l’engagement brut et la quantité de clics sur la précision scientifique.

C’était la première fois que je devais expliquer à un client que “bien faire son travail” ne suffisait plus, car les règles du jeu étaient en train de changer : Google ne cherchait plus la meilleure réponse, mais celle qui générait le plus de sessions publicitaires. Cette réalisation a été un choc et a changé ma manière d’aborder le SEO : nous ne servons plus seulement un algorithme intelligent, nous naviguons dans une machine de vente sous pression.


Le SEO à l’heure de la “pourriture” : Comment survivre ?

Si Google Search est “mort” dans sa forme originelle, comme le suggère Ed Zitron dans son podcast Better Offline, que reste-t-il aux responsables SEO ?

Le retour au EEAT radical

Plus Google devient opaque et orienté vers le profit, plus l’algorithme de secours de Google (les “Quality Raters”) cherche des signaux de confiance humains. Le EEAT (Expérience, Expertise, Autorité, Fiabilité) n’est plus une option, c’est une armure.

  • Expérience : Puisque l’IA et les fermes de contenus ne peuvent pas “tester” un produit, vos tests réels et vos avis personnels deviennent votre plus grande force.
  • Expertise : Identifiez clairement vos auteurs. Le web anonyme est en train de mourir sous le poids du spam.
  • Autorité : Obtenez des citations de sources que Google ne peut pas ignorer (grands médias, institutions).

La diversification hors de Google

Compter uniquement sur Google en 2026 est une erreur stratégique. La montée de chatGPT, de Perplexity ou même de la recherche sur les réseaux sociaux montre que l’hégémonie de Google s’effrite à cause de ses propres déboires éthiques. Un responsable SEO moderne doit penser à la visibilité multi-plateforme.


Les e-mails secrets : La preuve par l’écrit

Le procès du DOJ a mis en lumière des échanges qui auraient dû rester secrets. Dans l’un d’eux, Ben Gomes exprime son malaise profond : “Je suis préoccupé par le fait que la croissance soit la seule chose à laquelle Google pense désormais.”

Cette phrase devrait résonner dans l’esprit de chaque marketeur. Si le créateur de l’outil ne lui fait plus confiance, pourquoi devrions-nous y risquer 100 % de notre budget marketing ? La transition vers des formats publicitaires qui imitent parfaitement les résultats organiques (le remplacement du label vert par un simple mot “Sponsorisé” en noir) n’est pas un accident de design. C’est une stratégie délibérée de confusion de l’utilisateur pour augmenter le taux de clic sur les publicités (CTR).


Conclusion : L’éthique comme levier de performance

L’histoire de la “mort” de Google Search est une leçon de gestion d’entreprise. En sacrifiant la qualité du produit sur l’autel de la croissance infinie, Google a ouvert la porte à ses concurrents et a trahi la confiance de ses utilisateurs.

Pour nous, professionnels du SEO, cela signifie que notre métier devient plus noble mais aussi plus difficile. Nous ne sommes plus des “optimisateurs de balises”, nous devenons des garants de la qualité. Dans un web inondé par la “pourriture” produite par des décisions managériales court-termistes, l’authenticité et l’expertise réelle sont les seules valeurs qui ne peuvent pas être dévaluées par un “Code Yellow”.

Sources de l’enquête


FAQ

Qui est Ben Gomes et pourquoi est-il important ?

Ben Gomes était le vice-président de la recherche chez Google. Il est considéré comme l’un des pères fondateurs de la culture de la qualité chez Google Search. Son éviction en 2020 marque le tournant commercial de l’entreprise.

Qu’est-ce que le “Code Yellow” mentionné dans l’article ?

Le “Code Yellow” est un état d’urgence interne chez Google. En 2019, il a été déclenché pour forcer les ingénieurs de la recherche à trouver des moyens d’augmenter le nombre de requêtes et, par extension, les revenus publicitaires qui stagnaient.

Quel est l’impact de Prabhakar Raghavan sur le SEO actuel ?

Sous sa direction, Google a multiplié les mises à jour favorisant l’engagement et les revenus publicitaires. Cela a conduit à une prolifération de résultats optimisés pour le SEO technique plutôt que pour la valeur réelle, obligeant Google à lancer ensuite des “Helpful Content Updates” pour tenter de corriger le tir.

Pourquoi comparer Google à Yahoo ?

Prabhakar Raghavan a dirigé Yahoo Search durant sa période de déclin massif. La comparaison souligne une tendance inquiétante : l’application de méthodes de gestion financière qui ont déjà échoué par le passé à maintenir l’innovation d’un moteur de recherche.

Est-il encore possible de se positionner sur Google sans payer ?

Oui, mais c’est devenu plus complexe. Le SEO organique nécessite aujourd’hui une preuve d’expertise humaine (EEAT) beaucoup plus forte pour se différencier des contenus générés automatiquement et des publicités qui occupent le haut des pages de résultats.

L'auteur du blog

Je suis Nicolas Dayez, consultant SEO/GEO basé à Lille, et je transforme la visibilité en ligne de mes clients en résultats commerciaux concrets. Avec plus de 8 années d'expertise dans le référencement naturel, j'aide les entreprises à attirer plus de trafic qualifié et à convertir leurs visiteurs en clients fidèles.

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